Internet : prospective 2030

04 Juil Internet : prospective 2030

Le 27 juin dernier, nous assistions au Commissariat général à la stratégie et à la prospective (anciennement Centre d’Analyse Stratégique) à la présentation d’une étude sur La dynamique d’Internet : prospective 2030, réalisée conjointement par Télécom ParisTech et la FING. Extraits choisis de cette restitution.
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Etat des lieux

Chose intéressante à souligner, la présentation débute par un avertissement : il est impossible de savoir précisément de quoi sera fait 2030. Il n’existe toujours pas de boule de cristal connectée qui permettrait de voir dans le futur. On peut cependant analyser les dynamiques actuelles et réfléchir à des hypothèses pour mieux appréhender demain ; ce sont les promesses de l’étude présentée.

Mais avant de parler évolution, il est nécessaire de savoir d’où l’on part. Laurent Gille (Télécom Paris Tech), commence ainsi par un triste constat bien connu : la France et l’Europe n’ont pas de poids significatif dans l’industrie qu’est Internet. L’Europe ne représente que 2% de la capitalisation boursière des entreprises d’internet. La France quant à elle représente un tout petit 0.14%.

Autre constat économique : la part d’Internet dans le PIB de la France est stable et représente 4% – alors même que de plus en plus de gens utilisent des services liés à Internet. On explique ce phénomène par une baisse des prix globale qui empêcherait une augmentation dans la part du PIB.

Dynamiques à l’œuvre et défis

a) Une convergence des services et des frontières qui s’effacent

Tout comme Internet aura changé, les acteurs aujourd’hui ne seront peut-être plus là demain. Et s’ils le sont toujours, ils auront tout de même nécessairement évolué. A l’instar de Twitter qui propose désormais des services de musique ou de mise en ligne de vidéo, rien n’empêche les entreprises d’Internet d’ajouter plusieurs cordes à leur arc. Le cas d’Amazon est intéressant : en effet, l’histoire d’Amazon commence avec la vente de livres. Or, aujourd’hui, Amazon propose également des solutions d’hébergement en Cloud et s’en sort même très bien avec cette nouvelle offre.

Et en effet, lorsque l’on regarde les acteurs de l’écosystème numérique, on constate qu’ils diversifient de plus en plus leurs services. Quand avant la téléphonie, la télévision et Internet étaient deux services distincts, ils sont aujourd’hui presque indissociables puisque la plupart des personnes s’abonnent à une offre en triple play. C’est sur cette dynamique que les choses évoluent puisque les supports techniques utilisés tendent à devenir identiques. Les acteurs d’Internet utilisent de plus en plus les mêmes supports, les même modes d’hébergement, de diffusion et de distribution. Conséquence : il n’existe plus une multitude de canaux mais plus que quelques uns.

Fibre optique

Phénomène moins connu, une convergence des activités s’opère actuellement dans le domaine l’Internet des objets : une convergence entre l’industrie verticale et l’industrie numérique. L’Internet des objets est en train de changer le paradigme des secteurs de l’industrie, de l’énergie, de la santé et des transports, avec une grande diversité en termes de technologie. Pour qu’une interconnexion entre ces différents secteurs soit possible, il est nécessaire de penser des plateformes de services capables de récupérer des datas multi-industries et de permettre leur interopérabilité. Pour Daniel Kofman (Télécom ParisTech), il s’agit là d’une opportunité pour la France et l’Union Européenne : « pratiquement rien n’est fait dans ces domaines« .

Face à ces dynamiques, le grand défi, d’après les directeurs de l’étude, se trouve justement dans les objets connectés : « Demain, [internet] nous reliera également à des dizaines de milliards d’objets, de capteurs, de robots, qui dialogueront entre eux et prendront progressivement en charge des pans entiers de la gestion de notre vie quotidienne ».

NAO - Robot

Laurent Gille le précise, « nous ne sommes qu’au début du développement des services. Les objets vont nous permettre de franchir un pas important. Il y a place pour une certaine invention et un retour de l’industrie européenne ».

De ce constat découlent deux grandes évolutions attendues :

  • Une massification des objets « peu intelligents ». C’est-à-dire des objets avec fonctions communicantes mais dépendants. Leur nombre est estimé à 50 milliards d’ici 2020. Ces avancées permettront de développer des dispositifs de réalité augmentée et d’améliorer des outils déjà existants comme ceux du monitoring de la santé.
  • Après 2020 : nous assisterons au développement d’objets plus autonomes et plus intelligents: des robots. Après l’Internet des objets, celui des robots.  Donc des objets relativement indépendants comme, par exemple, des voitures qui se conduisent de manière autonome ou des objets capables d’assister des personnes âgées. Real-Humans

b) Une nouvelle mythologie d’Internet à penser

Si l’étude s’est faite majoritairement sous un prisme économique, les défis sociétaux ont cependant été brièvement présentés pendant la restitution de l’étude.

Ainsi, pour Daniel Kaplan (FING), Internet a longtemps été présenté, et à tort, comme une « solution magique ». Pour qu’il puisse nous aider réellement dans un monde en crise, le défi principal Internet est de « commencer à travailler sur lui-même » : penser par exemple les thématiques d’éthique, de transparence, de consommation d’énergie… qui de facto se retrouvent happées dans le débat politique, social et économique commun.

Par ailleurs, le pouvoir d’Internet en termes de mise en capacité de la société (i.e le concept d’empowerment très en vogue) doit cesser d’être vu comme quelque chose d’idéal et de magique : il faut certes exploiter ce pouvoir mais tout en s’interrogeant, par exemple, sur l’impératif de retisser des liens entre « capacitation des individus, production de valeur et action collective ».

Enfin, il est également  nécessaire de « recréer une forme de mythologie de l’Internet » : actuellement, « elle est épuisée et mal adaptée au monde l’Internet des objets, un peu trop globale, excitante mais dépassée. » Un nouveau défi, idéologique cette fois, qui appelle la contribution de tous.

 2030

 

Evidemment, nous ne sommes pas d’accord avec toute cette présentation, notamment en ce qui concerne la dichotomie innovation techno / ruptures sociétales. Et comme penser Internet 2030 est un exercice passionnant, nous vous réservons notre opinion dans un prochain billet.