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Prospective digitale

Economie collaborative, les valeurs d’Internet pour modèle sociétal

Quel est le point commun entre Une ruche qui dit oui et un hackerspace de San Francisco ? Tentative de décryptage d’un mouvement en plein essor, qui puise ses sources dans l’histoire d’Internet.

AVOIR ACCÈS PLUTÔT QUE POSSÉDER

L’économie collaborative est un terme qui regroupe l’ensemble des nouvelles formes de partage, d’échange et de location permises par Internet, afin de collaborer entre particuliers. Le terme de consommation collaborative s’est popularisé grâce au livre « What’s mine is yours. The rise of collaborative consumption » de Rachel Botsman et Roo Rogers, qui a théorisé ce mouvement. L’usage et le partage prennent le pas sur la possession et l’accumulation des biens.

 

MULTIPLICATION DES INITIATIVES

Ce sujet a inspiré le projet collaborative-cities, présenté jeudi dernier lors du premier TankTalk de nos amis Spintank. Ce jour-là Maxime Leroy présente son tour du monde des villes collaboratives et illustre la manière dont ce modèle s’est extrapolé à tous les domaines de la vie sociale : consommation, éducation, vie culturelle …

Cette nouvelle société dénuée de tout antagonisme économique voit ainsi fleurir des initiatives telles que La Ruche Qui Dit Oui ! une plateforme qui met en contact directement les producteurs locaux et les consommateurs à travers des lieux d’échanges physiques que sont les ruches. Mais aussi des Trade Schools, qui consistent entre inconnus à partager ses connaissances et troquer ses cours en devenant tour à tour professeur puis étudiant. Ou encore Not Far From The Tree, un concept qui propose aux habitants de faire la cueillette des fruits du jardin de son voisin, afin de partager la récolte en trois, entre le propriétaire de l’arbre, les cueilleurs et une banque alimentaire.

trade school, exemple de l'economie collaborative

CHANGEMENT DES MENTALITES

Autant de réflexions sur le vivre ensemble qui sont souvent reliées au mouvement hippie, pourtant, les valeurs de cette économie collaborative se rapprochent plus de l’idéologie collectiviste des kibboutzim, dont le premier a fêté ses 100 ans en 2009. Pourquoi ce courant prend-t-il aujourd’hui seulement une dimension mondiale ? Quelles sont les motivations de ce nouveau consommateur ?

D’une part, la maturité des usages des nouvelles technologies, des applications mobiles et plus largement d’Internet permettent de tisser des liens entre les personnes et favorisent l’émergence d’une société du faire ensemble. C’est avec l’idée que, « seule la coopération des acteurs permet de faire respecter des biens communs» (Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie 2009), que la mise en place de sites de partage a su imposer des valeurs de respect et de confiance.

D’autre part la profonde modification de nos modes de vie. Le consommateur aujourd’hui acteur ne passe plus par des intermédiaires pour accéder aux services ou aux biens qu’il convoite. Cet acteur loue, prête, répare lui-même au lieu d’acheter ou de se tourner vers les SAV. Les caractères débrouillards et hyper connectés de ce nouveau consommateur sont ceux du maker. Cet amateur de la bidouille, transforme les objets du quotidien selon ses réels besoins ou par plaisir. Cette « innovation ascendante » (Eric Von Hippel, professeur au MIT) se démocratise. Déjà existants dans années 80, des lieux marqués par l’idéologie du faire et du libre continuent à se développer afin de permettre des rencontres entre ces acteurs : les hackerspaces.

 kibboutz valeurs communes avec l'économie collaborative

LE HACKING, DU BON SENS ET DE LA CREATIVITE

Le hacking, formidable catalyseur d’innovation, partage beaucoup des valeurs de l’économie collaborative, raison pour laquelle les hackers en sont des véritables fers de lance. Selon Amaëlle Guiton « Leur manière de faire et de penser entre vraiment en résonnance avec des préoccupations citoyennes essentielles : la transparence, la collaboration, le changement des modalités de la politique. Ce sont des choses que l’on a retrouvé dans les mouvements des Indignés, d’Occupy… »

Le hacking est une pratique qui souffre encore de préjugés. Dans les médias elle est assimilée au vol via le piratage des données. Pourtant le fondement en est tout autre, Mitch Altman, créateur du mythique hackerspace Noisebridge à San Francisco, en dresse une définition très simple « hacking is about something you take, improve and share ». Principe qui rejoint les valeurs alternatives et de partage de l’économie collaborative.

 

DISCOURS MARKETING VS HUMANISME

L’écueil qui accompagne tout essor économique est l’apparition d’acteurs intéressés. Profitant de la médiatisation abusive d’un pouvoir d’achat rogné, ils utilisent ce système alternatif à leur propre fin. A titre d’exemple, le secteur du prêt entre particuliers vient d’atteindre la somme de 500 millions de dollars aux États-Unis et attire de nombreux opportunistes qui souhaitent surfer sur cette vague afin d’enrichir considérablement leur propre business.

Des discours marketing viennent puiser dans les valeurs humanistes, afin d’asseoir une image de marque préoccupée par l’humain et s’assurer ainsi une large circulation médiatique. Nous remarquons par exemple l’utilisation abusive du mot « partage » dans ces discours.  Le réseau social entre locataires et voyageurs, Airbnb, a repris l’essence du mot partage pour en faire un business, certes très bien pensé, mais qui reste un service payant, de même que les services de co-voiturage. Plus largement, Coca-Cola, figure emblématique du capitalisme américain clame « share a coke with a friend ». Ainsi les notions de gratuité, de don désintéressé et d’altruisme que sous-tendent le mot partage servent massivement de nouvelles opportunités économiques.

 

Malgré cela, ce modèle économique prometteur, aux aspirations plus humaines, trouve un équilibre qui permet à chacun de se sentir impliqué dans une société qui retrouve un sens moral. « Dans une société collaborative, la créativité et l’innovation sont décuplées : elles s’enrichissent de la diversité, et permettent en même temps à chacun de garder son individualité et de rechercher son épanouissement. » (« Vive la corévolution » d’Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot). Ce fort besoin de se réinventer illustre la motivation de toute une génération à vouloir tisser des liens plus humains et favoriser l’innovation dans tous les domaines de la vie sociétale.

 

@guillemettehoud

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Commentaires

  1. Merci pour cet article intéressant. En effet de nouvelles valeurs apparaissent sur Internet dont le partage c’est une mutation très intéressante de la sphère du Web qui est favorisé par les temps de crise que nous connaissons, cela rapproche du sens et donne plus de sens à l’échange entre les individus.De nombreux secteurs sont apparus dans l’économie de partage dont e jobbing avec des sites tels que Frizbiz, une belle révolution de mettre en relation des particuliers dans le cadre de prestations de services. L’économie du partage va dans le bon sens dans la mesure où chacun s’y retrouve.

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