Self data, VRM et empowerment des utilisateurs : les conclusions du projet Mes Infos

02 Juil Self data, VRM et empowerment des utilisateurs : les conclusions du projet Mes Infos

Fing Mes Infos

La semaine dernière, la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération) organisait une conférence intitulée « Un monde de self datas » pour présenter les conclusions de son expérience Mes Infos.

Démarré en octobre 2013, ce projet ambitieux rassemble 8 grandes entreprises partenaires (Google, Orange, Axa, La Banque Postale, la Société Générale, Le Crédit Coopératif, Intermarché et Solocal) qui ont accepté de redonner à 300 volontaires un accès à leurs données personnelles (historique d’achats, données de géolocalisation ou de télécommunications) sur une plateforme en ligne pendant 6 mois.

Des prototypes de nouveaux services

Pour aller plus loin et créer de la valeur à partir de toutes ces données, la Fing a parallèlement lancé un concours de création de services (concepts ou prototypes) : les 300 bêta-testeurs ont donc pu mesurer les opportunités rendues possibles via le retour des datas au consommateur.

Parmi la dizaine de lauréats récompensés, nous avons été étonnés par des services comme Mes Infos Nutritionnelles, qui permet à l’utilisateur de connaître la consommation énergétique et la composition nutritionnelle des produits qu’il achète, en croisant les données fournies par Les Mousquetaires (Intermarché) et la base de données Open Food Facts. L’aspect crowdsourcing n’est pas négligé puisque les utilisateurs peuvent ajouter directement depuis le service des informations à la base Open Food Facts.

Mes Infos Nutritionnelles

Des entreprises conscientes des opportunités

L’expression « Self data » utilisée par la FING tire ses origines du concept anglo-saxon de « Vendor Relationship Management » (VRM) popularisé par Doc Searls, journaliste, auteur et chercheur américain.

Si l’initiative de la Fing n’est pas un projet piloté par le gouvernement, elle a en revanche été précédée par des projets similaires portés par des puissances publiques tels que MiData au Royaume-Uni et le Blue Button aux Etats-Unis. Ces différentes initiatives de « self data » constituent un changement de paradigme, qui vise à transformer les consommateurs passifs en acteurs qui coproduisent les données avec les entreprises, et qui sont donc à même de demander légitimement à ce que valeur et informations soit partagées.

Pour les entreprises, « self data » ou VRM constituent donc une révolution culturelle. Ainsi, Damien Bourgeois, Directeur CRM et Connaissance client chez AXA France, a rappelé qu’il était important pour une entreprise dont la data est le cœur de métier de comprendre la tendance du VRM de l’intérieur, et que partager les datas avec ses clients était un moyen de regagner leur confiance ébranlée depuis la crise financière.

Stéphane Leray, Directeur Prospective et Innovation du Groupement des Mousquetaires a quant à lui expliqué que le VRM est un projet transverse dans une entreprise : avec certaines datas anciennes ou dans des formats propriétaires, il est nécessaire de rationaliser leur traitement et leur documentation avant de les partager avec les consommateurs.

Enfin, Valérie Peugeot, chercheur chez Orange Labs, a insisté sur le fait que le système actuel où la valeur d’usage n’est pas partagée n’est pas durable : en effet, l’« économie de l’intention » théorisée par Doc Searls, c’est-à-dire la possibilité pour les clients de dire ce dont ils ont besoin aux entreprises sur un marché numérisé permettrait à ces dernières d’obtenir des données de meilleure qualité, et d’épargner de coûteuses dépenses marketing comme l’achat de mots clés sur les moteurs de recherche.

De nombreuses questions en suspens

Mais, à notre sens, un questionnement général peut être soulevé : le « self data » répond-il à un besoin des utilisateurs/consommateurs sur Internet ? Tous les internautes n’ont en effet pas le même degré de maturité digitale, ni la même définition de ce que recouvre le terme « donnée personnelle ». On peut par exemple séparer : 

  • Ceux qui dévoilent leurs datas à tout va, sans en comprendre les implications,
  • Ceux qui sont conscients qu’utiliser des services gratuits implique une contrepartie et un ciblage publicitaire,
  • Ceux qui savent comment se prémunir de ce ciblage (grâce à des extensions pour navigateur comme Disconnect ou Ghostery),
  • Et enfin, plus rares, les fétichistes de la data fascinés par des tendances comme le Quantified Self.
Chris Dancy, l'homme le plus connecté du monde (© Bloomberg Businessweek)

Chris Dancy, l’homme le plus connecté du monde (© Bloomberg Businessweek)

Ainsi, tous les utilisateurs ne sont pas susceptibles de comprendre les bénéfices et enjeux du self data. Il y aurait donc un vrai travail d’éducation et de sensibilisation sur la data à faire au préalable. N’oublions pas que les internautes sont paresseux : l’immense majorité d’entre eux ne lit même pas les conditions générales d’utilisation des services qu’ils valident avant de commencer à s’en servir.

Par ailleurs,  comment se déroulerait concrètement le retour de ces datas à grande échelle ? Les entreprises devraient-elles envoyer des fichiers non-propriétaires à leurs clients, ou bien développer des accès via des portails en ligne ou des applications mobiles ? Là encore, il pourrait se créer une fracture entre des utilisateurs matures, aptes à bien manager et valoriser leurs données, et d’autres, plus novices, qui ne seraient pas en mesure d’en tirer parti.

Tous ces enjeux posent enfin la question des acteurs : lesquels sont les mieux placés pour jouer un rôle d’éducation, de sensibilisation voire de régulation ? Espérons que ces points soient abordés et traités avec intelligence durant le complexe débat européen sur le nouveau règlement communautaire pour la protection des données personnelles.