PickupVRcinema, immersion dans la première salle de cinema de réalité virtuelle en France

16 Juin PickupVRcinema, immersion dans la première salle de cinema de réalité virtuelle en France

Que peut-on attendre d’une salle de cinéma de réalité virtuelle ? Quelles sont les contraintes d’une telle mise en place ? Une salle de réalité virtuelle est-elle viable pour le public ? C’est avec ces questions en tête que je me suis rendue au PickupVRCinema, une salle de cinéma parisienne présentant plusieurs films en Réalité Virtuelle (Virtual Reality, VR) : une première en France. Aujourd’hui il s’agit d’un dispositif encore nouveau, à destination d’un public qui n’est pas nécessairement rompu aux usages des dispositifs de VR.

Le pickupVRCinema, ce sont avant tout deux associés, Hadrien Lanvin et Brice Rocton, qui, après avoir monté Pickup, une société de distribution numérique créée en 2014, ont très vite choisi de sauter dans le train de la VR. Rejoints par Camille Lopato, ils s’installent début 2015 au restaurant Dune pour tester leurs premières séances VR, après 6 mois d’exploration à travers les festivals VR du monde entier pour proposer un contenu de « qualité ». Désormais détenteurs de leur propre salle, ils ont pour objectif de faire découvrir les meilleurs contenus cinématographiques VR en organisant des séances thématiques : Frisson, Etat du monde, Voyage, Grand spectacle, et French Touch. Le programme d’ouverture auquel j’ai assisté proposait un mix de ces différentes séances.

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Ci_yKEbWsAEvNLe[1]De prime abord, le lieu ne paie pas de mine. Une porte vitrée, un rideau rouge, et à l’intérieur une  pièce blanche et des sièges pivotants, pour permettre aux spectateurs d’explorer les univers 360° des films sans trop de complications. Le tout dans un espace permettant d’accueillir une vingtaine de visiteurs par session sur 2 étages. Nous avons payé 15 euros la séance de 35 minutes (une heure au total en comptant l’installation).

Je m’installe sur un des sièges après avoir déposé mon manteau sur le cintre rudimentaire prévu à cet effet. Le casque VR est déjà sur mon siège. C’est un Samsung Gear équipé d’un casque Sony tout ce qu’il y a de plus classique. La session commence par une introduction de quelques minutes de notre hôte sur comment placer le casque sur sa tête.

Le présentateur enchaîne sur la présentation des 4 films que nous allons voir. Pour l’ouverture, il s’agit de films sans thématique particulière. On nous propose donc du documentaire comme du « film d’horreur », à savoir :

LoVR (datavisualisation animée), The Ark (documentaire sur les rhinocéros blancs), Killer Deal (film d’horreur avec Ian Ziering, réalisé par les créateurs de Sharknado), Sonar (film d’exploration dans l’espace).

Le présentateur lance au passage un disclaimer concernant le film d’horreur : « si c’est trop pour vous, vous pouvez toujours fermer les yeux ou retirer le casque ». Nous sommes prévenus.

Une fois le casque sur les yeux, on oublie petit à petit le lieu dans lequel nous nous trouvons pour nous recentrer sur celui qui nous est proposé dans les lunettes. Un élément important à noter est le fait que les films sont lancés en simultané sur toutes les machines, ce qui permet de synchroniser l’expérience du public, qui va vivre celle-ci avec le reste du groupe, malgré l’isolation qu’induit le dispositif.

Pourtant habituée des casques VR, je me vois obligée de fermer les yeux à plusieurs reprises tant le premier film, LoVR, qui se lance (après un décompte de 3 secondes comme au temps des vieux cinémas) me donne mal aux yeux. Les formes aux couleurs vives défilent devant nous, sensées représenter les émotions ressenties par une personne tombant amoureuse, le tout sur la musique de Jon Hopkins (Vessel). C’est une intéressante manière d’aborder la datavisualisation, mais l’expérience apporte très peu au spectateur qui ne peut qu’observer les schémas défiler au rythme de la musique. Comparé à des expériences sonores immersives comme le clip de ‘Stor Eiglass’ de Squarepusher ou encore Harmonix Music VR, le niveau est très faible. On se demande même l’intérêt de la VR dans ce genre de projet, compte-tenu du fait que rien d’intéressant ne se produit lorsque l’on tourne la tête ou que l’on regarde derrière nous (totalement noir). Aurait-il pu être réalisé en 2D ? Certainement.

Pas le temps de faire de pause oculaire, à la fin de la première vidéo l’écran de chargement avec le décompte réapparaît et l’on est projeté dans une ambiance complétement différente : celle d’une savane avec deux gentils rhinos se promenant à côté de leurs gardiens. Le documentaire The Ark explore alors le destin tragique de ces rhinocéros, dont les 3 derniers représentants sur terre sont obligés d’être gardés 24h sur 24. Malgré une qualité visuelle très médiocre (on voit les pixels), le documentaire ose de nouveaux formats que permet la VR, comme le passage d’un lieu à l’autre en divisant l’espace 360° en deux : d’un côté nous sommes dans le laboratoire d’un zoo de San Diego, de l’autre nous sommes toujours dans la savane. Une réalisation plutôt bien faite qui permet de ne pas s’ennuyer, malgré des scènes un peu longues et pas toujours très utiles. A l’image de ce que j’ai pu tester en matière de documentaire, le documentaire reste très traditionnel dans sa forme : mis à part des personnes s’adressant directement à nous « comme si nous y étions », nous sommes relégués au rang d’observateurs plus que passifs. La narration ne suffit alors plus à nous occuper pendant que nous observons les animaux évoluer dans leur milieu naturel.

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Le troisième film, Killer Deal, nous transporte dans une chambre de motel sordide où nous observons le personnage principal évoluer dans sa chambre et lutter pour sa survie. Difficile de rentrer dans l’histoire, notamment à cause de problèmes purement techniques: nous flottons dans la pièce sans réel repère, et les acteurs apparaissent plus petits qu’ils ne le sont vraiment. La volonté d’inclure le spectateur est pourtant là, puisque nous sommes « visuellement pris pour cible » à plusieurs moments du film (le film joue sur les effets de surprise et les projections). On joue également avec la le caractère volontairement statique du spectateur puisque certaines scènes se passent dans la salle de bain, qui n’est pas visuellement accessible. L’angoisse suscitée par les lumières qui s’éteignent et se rallument crée une sensation de perte de contrôle beaucoup plus forte que s’il s’agissait d’un film en 2D, puisqu’on ne sait pas d’où viendra le « danger ». C’est pour cette raison selon moi que l’on peut considérer ce film comme le plus intéressant des quatre. Malgré ses problèmes techniques, il réussit à proposer une narration cohérente, une histoire qui tient la route et surtout, une véritable expérience de réalité virtuelle. A améliorer cependant.

Enfin, le quatrième film présenté, Sonar, ressemble à beaucoup de projets 3D apparus depuis des années. Le spectateur est emmené dans les profondeurs d’une planète, guidé par un sonar. Il est difficile de commenter ce dernier film, tant il manque d’originalité. C’est vu et revu et ça rappelle les expériences du Futuroscope d’il y a 10 ans. Sans révéler l’histoire, je n’ai pas été « glacée d’effroi » et cette fin m’a plutôt laissée de marbre.

L’expérience se termine et nous relevons nos casques. Certains émettent des petits cris de surprise en se rendant compte que l’orientation de leur chaise a changé sans qu’ils s’en rendent vraiment compte.  Nous sommes rapidement invités à sortir car une autre séance commence déjà, avec toujours plus de monde attendant patiemment dehors. L’expérience ne m’a globalement pas convaincue, non seulement en raison de la pauvreté des contenus choisis (mais a-t-on réellement le choix pour l’instant ?) mais également car l’expérience proposée est restée focalisée sur le contenu et non sur la création d’une ambiance propre à la salle. Venir au PickupVRCinema c’est venir tester une nouvelle technologie, et non vivre une véritable expérience de projection. Leur enjeu sera désormais de maintenir l’engouement du public en lui proposant des contenus toujours plus qualitatifs et en imaginant de nouvelles manières de vivre le cinéma. Dans l’article suivant, nous vous proposons donc de revenir sur ce qui fait la réussite d’une expérience en salle ainsi que des pistes de réflexion pour imaginer le cinéma VR de demain.

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Réalité virtuelle : une projection dans l’avenir des salles de cinéma