Quand le monde du cinéma rencontre la réalité virtuelle…

02 Mar Quand le monde du cinéma rencontre la réalité virtuelle…

Curieux d’en savoir plus sur les dernières initiatives en matière de réalité virtuelle? Sabrina, notre nouvelle recrue, vous propose de vous immerger dans la Okio Immersive Night, organisée le 25 février dernier par Okio Studio, un studio de production spécialisé dans la réalité virtuelle présentant 3 de leurs projets : I, Philip, Embarqué, et Be the Bottle

Okio Immersive Night se tenait le 25 février dernier dans une petite galerie de la rue de Turenne. Une galerie sur deux étages pour deux ambiances radicalement différentes. Au premier abord, c’est la dépersonnalisation totale et une immersion relative. Une froideur renforcée par des murs immaculés de blanc et un espace que seules les personnes présentes viennent meubler. C’est à l’étage, que se passe  « le spectacle ». Difficile d’ailleurs de qualifier cette soirée, entre expérience, séance de cinéma et présentation de book. L’organisation a prévu des tickets sur lesquels sont indiqués des horaires. 19h15. Une heure d’attente. C’est beaucoup, mais ça permet de discuter avec Yvan Taïeb, fondateur du label musical indépendant Roy Music et son artiste Jil is Lucky, qui, eux aussi, se lancent dans un court-métrage utilisant la technologie de la réalité virtuelle. Assistés dans cette mission par Okio Studio, ils ont pour objectif de mettre en scène les musiques de l’artiste, en utilisant par exemple un capteur de son spatialisé pour une expérience de son en 3D. Je discute également avec Michael Kolchesky, photographe professionnelle spécialisée dans les expériences panoramiques/photos 360° depuis 10 ans et qui s’est mise depuis un an à la réalité virtuelle et la vidéo 360°. Une façon selon elle de pousser encore plus loin les limites de l’immersion.

Screen Shot 2016-02-26 at 3.11.07 PM 

19h16. Je me rends à l’étage et suis surprise de découvrir deux vastes salles plongées dans le noir, remplies d’individus assis, équipés de casques de réalité virtuelle. L’impression est étrange. Une fille habillée comme une hôtesse de l’air s’approche de moi et me demande le film auquel mon ticket me donne accès. Trois films sont présentés, et j’ai bien l’intention de les tester tous les trois. Le premier film et, selon moi, le meilleur, c’est I, Philip : produit par Okio Studio, co-produit par Arte. Il dure 14 minutes et permet réellement d’imaginer en quoi consisterait le cinéma de demain. On y incarne un robot humanisé, lui-même sensé réincarner la personne de Philip K. Dick. La véritable réussite de ce court-métrage, c’est sa capacité à conserver un fil narratif à travers des zones « actives » où se passe l’histoire, et des zones plus « passives » (les détails d’une pièce, des personnages vaquant à leurs occupations etc.), ce qui donne une réelle sensation d’immersion complétée par la prouesse technique qu’apportent les casques de réalité virtuelle. Sans spoiler, une des scènes les plus réussies est, selon moi, la scène filmée dans le grand amphithéâtre du parti communiste, aux allures futuristes. Un magnifique lieu qu’on prend plaisir à admirer, rempli de figurants sagement assis nous observant avec de grands yeux. Certains s’adressent à nous et un nous demande « What does it feel to be a robot ? ». Une situation particulièrement étrange puisqu’à la fois simulée et ressentie. Une expérience pourtant intéressante à vivre. Le film se termine et je retire le casque en me frottant le nez : 14 minutes, c’est déjà très long pour un casque qui pèse assez lourd et qui n’est pas particulièrement confortable. J’ai d’ailleurs eu du mal à faire la mise au point au début. Un petit défaut qui ne retire en rien la qualité bien réelle du film.

poster I, Philip avec logo

Après quelques négociations je réussis à obtenir mon passe-droit pour les deux autres vidéos. Je teste alors une publicité de Jean Paul Gauthier, Be the Bottle, qui nous place « dans la peau » d’une bouteille de parfum, et qui reste bien loin de mes attentes en matière de réalité virtuelle. C’est flou et il faut tourner la tête trop souvent, chose rendue pénible par l’immobilité des chaises de la pièce. Je passe en tout cas vite à autre chose : Embarqué, un documentaire de 8 minutes co-produit cette fois-ci par France Télévision qui nous fait suivre l’entrainement militaire de pompiers dans la jungle équatoriale. C’est très traditionnel dans la façon de traiter l’image, malgré une volonté de modifier la narration en faisant intervenir le directeur du camp qui s’adresse directement à nous. Les exercices militaires s’enchainent, sans voix off, et on s’ennuie un peu. Et c’est peut être ça le véritable enjeu de la VR : le fait de ne plus pouvoir considérer le spectateur comme passif.

JPG

Je sors de la salle pour retrouver en bas une foule de personnes attendant leur tour. J’engage cette fois-ci la conversation avec un réalisateur travaillant chez Blumenlab, Giuseppe Schillaci, venu ici pour découvrir ces nouvelles initiatives qui l’intéressent particulièrement pour son travail et qu’il a déjà pu mettre en scène à travers quelques essais concluants. Ce qui le passionne, c’est le fait qu’il faille réinventer tous les langages de l’audiovisuel pour ce nouveau dispositif. Pour lui, avoir trop de liberté empêche l’histoire de bien se dérouler : la narration existe par la contrainte et les limites qu’on impose. Il faut obligatoirement forcer le regard du spectateur en réalité virtuelle, car en lui permettant de tout regarder, on perd son attention, « mais il ne faut surtout pas qu’ils sentent que c’est forcé ». Je pars ensuite de l’autre côté du miroir, à la rencontre d’un des acteurs de I, Philip. Pour lui, pas de défi de taille, il s’agit d’un film comme un autre même si les contraintes techniques changent. Impossible par exemple de s’approcher trop près de la caméra au risque de rater la scène. Acteur entre autre pour le milieu du jeu vidéo, et figurant par exemple pour Watch Dogs, il me raconte alors ses expériences en Motion Capture où criblé de capteurs dans une salle entièrement verte il devait imaginer intégralement sa performance. On comprend alors que par rapport à ça, la vidéo 360 puisse apparaître comme simple d’accès.

Embarqué

Je termine la soirée en récoltant les avis de plusieurs spectateurs. Notamment, Marie-Amélie Frère m’explique que si elle reste pour le moment déçue par l’expérience en raison des difficultés d’oublier le dispositif technique beaucoup trop encombrant et désagréable à porter, elle est persuadée qu’à la manière des téléphones portables, la technologie va progressivement se réduire en taille et en coûts. S’en suit une discussion avec Aurélien Fache, Mathieu Flaig, et Antoine Rigitano sur toutes les initiatives actuelles pour imposer la VR en France mais également à propos des livres et films de Science-Fiction qui en parlaient déjà il y a 20 ans. – Entre le Samouraï virtuel et Ready Player One, j’ai une belle liste de lecture qui m’attend.

books

Un moment riche de rencontres qui a donc permis à tous d’approfondir des connaissances sur un tout nouvel univers changeant complétement la perception du temps et de l’espace. Je repars en imaginant toutes les possibilités qui s’offrent désormais aux personnes curieuses d’aller plus loin.

Petite note au passage : pour écrire cet article j’ai pris des notes pendant que je portais le casque, une expérience amusante puisque je ne pouvais pas consulter mon carnet lorsque j’écrivais, ce qui a donné un résultat approximatif mais plutôt réussi.